Pardon – Erika Boyer

Imaginer Sarah morte était probablement la chose la plus douloureuse pour moi, juste avant le fait d’être né en étant son frère.

Pardon

 

TITRE : Pardon

AUTEUR : Erika Boyer

ÉDITION : Auto-édition (format E-book)

NOTE : 5/5 –

 

RÉSUMÉ :

Tandis que le monde évolue et que la jeunesse fait preuve d’une plus grande ouverture d’esprit qu’avant, il reste tout de même des sujets dont il ne faut pas parler, des tabous qui ne sont pas prêts à être brisés. Mais quand l’inceste cache un amour inconditionnel, que deux âmes ont simplement eu la malchance de ne pas naître dans les bons corps, n’est-il pas envisageable d’accepter l’inacceptable ?

Will ne prendra pas le risque, il préférera partir à 600 km de sa sœur plutôt que de potentiellement l’entraîner dans sa déchéance. Reste à savoir si « loin des yeux, loin du cœur » est une réalité ou bien un proverbe menteur, et si Sarah acceptera de perdre son frère dans ce sacrifice amoureux.

« Je ne veux pas tourner la page. J’aime ce livre dont nous sommes les héros. »

 

 

MON AVIS :

En France, l’inceste, c’est-à-dire le rapport sexuel entre deux personnes qui sont parents à un degré où le mariage est interdit, ne constitue pas une infraction spécifique. Si la relation est librement consentie et concerne deux personnes qui ont dépassé l’âge de la majorité sexuelle, fixé à quinze ans dans notre pays, elle ne tombe pas sous le coup du code pénal.

J’avais vaguement entendu parler de ce livre, et je me suis procuré l’e-Book par simple curiosité. Vous le savez surement, je ne regarde quasiment jamais les résumés des livres que je lis, ainsi ce fût une (petite) surprise que de découvrir le sujet traité ici : l’inceste.

J’ai mis beaucoup, vraiment beaucoup de temps avant de réellement me lancé dans la lecture de cet e-Book. Je crois que j’avais peur. Peur de ce que je pourrais y lire, y voir. Peur de ce que je pourrais vivre à travers ces lignes. Mais une fois plongée dans le récit, une fois totalement installée dans la tête de Will, ce fût pire.

C’était comme faire progressivement le deuil d’une personne qui était pourtant encore vivante. Horrible mais unique solution pour survivre.

Quelques chapitres de mise en place, présentation rapide mais efficace de la situation, grandes lignes des tourments de Will, un peu de temps pour s’attacher comme il faut, et ouvrir grand les yeux devant le spectacle qui se déroule déjà devant nous. Le spectacle de la vie. La tragédie de l’amour.

Je l’aimais tellement que ça en devenait insupportable.
J’étais l’homme qu’il lui fallait mais je n’étais pas né dans le bon corps.

L’amour, le vrai. Pas le pur et désintéressé. Enfin, pas que. L’amour, le vrai. Celui qui déclenche des ouragans dans votre esprit et des incendies dans votre corps. Celui qui fait mal à s’en déchirer la peau, à s’en taper la tête contre les murs, à en devenir fou, à en crever. L’amour, le vrai. Celui qui fait battre votre cœur plus que tout, qui vous donne la force de déplacer des montagnes, de boire tous les océans du monde, de décrocher la lune et les étoiles autour. Celui qui panse les plaies les plus profondes, celles-là même qu’il vous a infligées, celui qui vous berce dans une euphorie nécessaire pour affronter le monde. Celui qui vous prend tout. Votre raison, votre cœur, votre corps, votre âme.

Ici, c’est l’amour, l’Amour avec un grand ‘A’. N’allez pas croire qu’il ne s’agit que de l’amour incestueux d’un frère pour sa sœur. Non. C’est beaucoup plus que ça. C’est l’Amour qui brise les ailes des anges, et qui les pousse à pardonner, à rester. Celui qui fait apparaître des arcs-en-ciel menant tout droit en enfer, et vous donne le courage de ne pas les traverser. Celui qui vous fais vivre, tout simplement.

Je t’aime tellement que si je ne peux pas t’avoir, j’aime autant que tu sois celle qui me tue tant je souffre de la distance entre nous. Si je ne peux pas t’appeler « amour » quel intérêt à ma vie ?

Ce n’est pas un sujet anodin, comme ce n’est pas un livre qu’on lit par hasard. C’est un livre duquel on apprend. Le courage, l’intelligence, le rejet, l’acceptation, le dégoût, l’indifférence, le pardon. On a tous nos secrets, certains pèsent plus lourds que d’autres. Eux aussi. Ceux-là, là-bas, à Bordeaux. Ceux que vous croiserez au détour d’une ligne dans ce prisme de lucidité. Un peu plus de 200 pages pour résumer et analyser avec douceur, délicatesse et subtilité une société où la morale prime sur l’amour.

Trois mots pour décrire mon état à la fin de ma lecture ? Bouleversée. Le cœur directement connecté à celui de Will, j’ai l’impression d’avoir vécue une partie de sa vie, d’avoir éprouvé les mêmes choses. Éreintée. C’est fatiguant d’être aussi tendue, d’autant pleurer, de vivre des montagnes russes émotionnelles. Perturbée. Ne vous y trompez pas, le sujet principal est loin de me déranger. Seulement il y a tellement à analyser, à comprendre dans ce livre. J’ai la vague impression que le moindre détail, le moindre son de cloche, la moindre brise de vent a son importance. Et comme dans votre entourage, il y a autant d’histoires que de personnages. Autant de vies et autant de secrets…

Finalement nous étions toujours des enfants sans être autorisés à faire les mêmes erreurs et nous étions jugés comme des adultes sans en avoir les mêmes droits.

Des personnages humains. Des personnages complexes, avec leurs qualité et leurs défauts, leurs forces et leurs faiblesses, leurs peurs et leurs secrets. Des personnages construits, tous, qui ont une histoire, un caractère, un fond. Pas seulement des noms sur un papier, pas juste des marionnettes, des enveloppes vides que l’on déplacerait à notre guise. Rencontrer, dans une fiction, des personnages que l’on a presque l’impression de connaître, de croiser dans la rue, de côtoyer, c’est formidable. C’est ce qui manque souvent dans mes lectures jeunesse, et c’est un plaisir de retrouver ce trait distinctif des lectures plus matures.

Tu feras parfois des choix que je n’approuverai pas, mais je te soutiendrai quand même. C’est ça une mère, quelqu’un qui t’aime même quand tu te trompes et même tu lui fais de la peine. Les enfants sont nos forces et nos faiblesses en même temps.

Je relis cette chronique, avant sa publication, en me disant qu’elle est désordonnée, qu’un tel livre mérite mieux, beaucoup mieux, qu’il mérite qu’on trouve les mots justes. Malheureusement, mon cerveau est encore engourdi par la tristesse, la joie, la mélancolie, et toutes les questions qui l’ont assaillit quand j’ai lu le dernier mot de la dernière page du roman. Il voit flou, ses yeux sont voilés par les larmes trop fières pour couler et par les scènes qui se rejouent encore et encore devant lui. Cette histoire, ces histoires, sont imprimées sur ses rétines.

Vous l’aurez compris, c’est un vrai, un grand coup de cœur. Ce livre est une perle. Mieux, une plume. La plume d’un oiseau rare, retrouvée par hasard lors d’une balade hors des sentiers battus.

Je suis fatiguée, et beaucoup trop marquée par ce livre pour en faire une chronique académique. Je vous demande de pardonner mes instants d’égarement, et les quelques lignes trahissant ma folie passagère. J’espère vous avoir tout de même donné envie de lire l’histoire de Will, Sarah et leurs amis.

Je pleurai à chaudes larmes de devoir partir, d’avoir fait du mal à certains, d’avoir souffert pour d’autres, d’avoir aimé, d’avoir été heureux, d’avoir vécu… Je pleurais la vie et tout ce qu’elle m’avait apporté. Et j’étais tellement vivant, que ça en était douloureux et bon à la fois.

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7 réflexions sur “Pardon – Erika Boyer

  1. Erika dit :

    Je trouve qu’il est très difficile de faire un commentaire à la hauteur d’une telle chronique. Tu dis dedans que tu as l’impression que ‘Pardon’ mérite mieux, mais j’ai le sentiment que tes mots sont bien trop bons pour mon roman…

    Je vais commencer par te remercier de t’être intéressée à mon livre et de lui avoir donné une chance. Merci aussi de ne pas avoir été rebutée par le sujet, de ne pas avoir porté de jugement. Je sais que c’est quelque chose d’assez tabou et je comprends que cela en ait refroidi plus d’un, mais comme je l’ai dit dans ma dédicace : « love is love », c’est ma façon de voir les choses et je suis vraiment heureuse de constater que tu l’as bien compris. « une société où la morale prime sur l’amour » c’est exactement ça ! J’ai essayé de ne porter aucun jugement dans mon récit, de rester assez neutre, mais je pense que ma position sur le sujet est claire. Je soutiens l’amour, sous toutes ses formes, et tant qu’il inclut deux adultes consentants, qui suis-je pour les juger ? Je sais que l’amour est le sentiment le plus fort, il existe sous différentes formes (l’amour romantique, l’amour pour un membre de sa famille, l’amour qu’on appelle l’amitié, l’amour d’une activité, aussi appelé passion…) et je considère qu’on en a tous besoin pour être heureux. Pourquoi en priver certains ? Parce qu’ils sont différents et heurtent la morale ? Ce n’est pas une excuse valable.

    Je pourrais argumenter sur le sujet pendant des heures mais je ne suis pas là pour ça. Je suis là à essayer d’écrire un message cohérent qui témoigne de ma reconnaissance, et je ne suis pas sûre d’y arriver…
    J’ai aimé toute ta chronique, ta manière de parler de ‘Pardon’, les citations que tu as choisies, la façon très poétique que tu as eu d’exprimer tes sentiments au sujet de ce roman… Je n’aurais pas pu rêver d’une plus belle chronique et j’ai été vraiment émue en la lisant.

    Je ne peux pas dire beaucoup plus que « merci ». Merci d’avoir lu et merci d’avoir pris le temps de rédiger un si bel article. Merci de m’avoir touchée et merci de me rappeler les principales raisons pour lesquelles j’écris : m’exprimer, puis faire ressentir des choses et enfin, partager.

    Aimé par 2 people

  2. Guenièvre dit :

    Bravo pour ce magnifique morceau d’écriture! Et je veux bien parler de ta chronique, pas du livre! 😉 Malgré ce caractère peu académique pour lequel tu bats ta coulpe, c’est fluide et très agréable à lire. On sent que tu as été vraiment transportée par cette lecture…
    Et même si je préfère d’ordinaire les lectures plus gaies, tu m’as convaincue à 110% d’aller découvrir ce livre et cet auteur… Ce que j’irai faire à la première occasion!

    Aimé par 1 personne

    • Vivi dit :

      Uuuh je n’avais pas vu ton commentaire, je suis désolée T-T
      Merci beaucoup pour ce joli compliment, ça me fait très plaisir ~
      Je suis sincèrement ravie que ma chronique vous donne envie de lire ce livre malgré le sujet qui peut déranger de prime abord. J’espère sincèrement que tu l’aimeras !

      Aimé par 1 personne

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